Jour 2: Journée Mitigée...

Il y a eu quelques averses pendant la nuit, mais rien de terrible... je
suis sorti de ma tente, il fallait que je passe une deuxième
couche de marquage de territoire; le
ciel étoilé était magnifique,
bien que partiellement masqué par des nuages de pluie.
Mais alors que dire des couleurs au levé du jour?
"Waaahhh...", par exemple?
C'est à peu près ce que j'ai dû dire...
Je prends cette première photo à 7h36, pendant que mon
deuxième ou troisième café matinal est en
préparation... les trois suivantes, dix minutes plus tard.
J'ai essayé de restituer les couleurs magnifiques du matin du mieux que j'ai
pu en prenant des photos avec mon téléphone... cela m'a
semblé assez proche de la réalité sur le moment. Une réalité semblant iréelle et rare.
Ah! La joie de la défécation en plein air!
Cela fait du bien... peut-être uniquement parce que cela signifie
que je suis loin du train-train quotidien d'une vie citadine
confortable, que je suis dans un état d'esprit nomade et peux me
contenter d'un confort basique. Le calme de la nature qui
s'éveille, une cafetière italienne, et la journée
qui commence ne peut a priori qu'être belle!
8h30, la moto est chargée, je suis prêt à partir...
Au revoir, joli château!
Je m'en éloigne, roulant sur cette belle piste tranquille. Au
loin, j'en vois une qui monte droit à travers la colline; j'ai
bien envie d'aller voir comment c'est tout là-haut... j'emprunte
la bifurcation me permettant de le faire.

Damned!
En sortant d'un virage, la pente m'apparaît... elle est bien plus
raide que ce à quoi je m'attendais en la voyant de loin, et
surtout j'avance sur un tapis de cailloux et pierres de 5cm
d'épaisseur... de par l'impatience de
commencer à rouler, je n'ai modifié aucun réglage
de la moto; le "Traction Control" est toujours réglé au
maximum, et il se déclenche dans cette pente de manière
permanente... Le moteur se coupant dès qu'il détecte une perte de motricité, je
dois avancer à 5km/h maxi, avec l'impression que ma
bécane est en train de tomber en rade, c'est très
désagréable comme sensation! Les manchons et que je sois
cramponné au guidon lors de la montée, m'empêchent
de changer le réglage tout en avançant; j'ai bien cru ne
jamais arriver à passer cette très longue montée
sans devoir m'arrêter au beau milieu. Repartir aurait
certainement été délicat à gérer
dans la pierrasse avec mon gros machin chargé... mais je parviens
malgré tout à en atteindre le sommet sans pause intempestive.
Le seul truc con, c'est que c'est un cul de sac, avec un espace de
retournement tout en haut. Je fais donc demi-tour et m'apprête
à redescendre.
En zoomant sur cette dernière photo, on peut apercevoir le
château près duquel j'ai dormi.
Bien que le ciel soit bien couvert, la lumière, les contrastes et couleurs sont magnifiques!
Il y a beaucoup de vent, je viens à peine de commencer à
rouler, alors je ne m'y attarde pas trop. Lors de ma descente, je vois
les pointillés de 10/15cm dessinés tout du long par mon
pneu arrière sur la piste, à chaque fois que le "Traction Control" efficace voulait bien laisser le moteur entraîner la roue arrière...
Arf, arf... j'en ris encore!
Rouler ici est très sympa!
J'avance tranquilou à flanc de colline, au milieu des
forêts que la pinède, alors que ma braguette est bien
fermée et qu'elles n'ont pas besoin d'aide. (débrouillez-vous pour la comprendre, celle-là...)
J'arrive en bas sur un ruban de bitume étroit, je tourne
à droite, ça a l'air sympa par là... quelques centaines de mètres plus loin, moi qui
ne suis pourtant pas du tout physionnomiste, je crois bien
reconnaître la gueule de la route que j'ai prise la veille pour
accéder à mon bivouac...
Et effectivement, j'arrive à
l'accès à la piste de la veille, celle qui part dans les collines.
Je rigole dans mon casque et bifurque sur cette piste.
Je n'ai rien contre le fait de refaire la même boucle, je m'y suis
régalé. Et ça me permet de plus de continuer
à m'habituer un peu au comportement de ma bécane et du mien
à son guidon sur les pistes, de jauger les pneus, surtout
l'avant, en ne prenant pas de risque sur cette belle piste
facile...
Une heure après mon départ, j'arrive de nouveau au pied de la colline sur le fameux ruban
de bitume étroit, et cette fois-ci je tourne à gauche et
m'éloigne de ce joli coin, puis me fais une petite pause à
l'orée d'une mandarineraie.
J'aurais adoré l'orée dorée, mais verte, c'est pas mal aussi!

J'ai bien envie de poursuivre la découverte des jolis massifs alentours.
Malgré les nuages présents dans cette drirection, je cale
un point GPS sur une piste des collines au sud et je repars.
J'atteins la piste, il commence à pleuvoir...
Feuque Ynelle!
C'est un peu trop de la terre argileuse sous mes pneus, et qui doit
être bien glissante lorsqu'il pleut... le ciel n'est pas
très engageant, je crois que je vais avoir droit à une
bonne douche... ce que me confirme la consultation de l'appli
météo Windy, bien utile. Je fais demi-tour, me disant que
par les petites routes tournicotantes de l'endroit, cela peut
être très sympa aussi de rouler, même s'il
pleut un peu. Après tout, l'intégralité de ma
tenue est bien imperméable, je n'aurais qu'à enrouler au
rythme balade...
Mais il pleut assez fort, cela me soûle au bout d'un moment...
Je me décide à rejoindre une belle large route pour tracer plus rapidement et fuir la pluie le plus possible...
Je m'arrête tout de même vers 12h30 pour prendre une petite
collation en 15mn. Les pluies que j'ai prises ne sont rien en
comparaison de ce que je vois arriver... faut que je trace et
dépasse enfin Valencia!
Je continue malgré tout à rouler sur cette belle route, avant de passer en réserve.
J'ai galéré pour trouver une station service... merci Gogol Maps!
Lorsqu'à 14h
j'arrive avec soulagement à cette belle station, tenue par une
femme très sympa, il ne me restait que 0,7 litres dans le
réservoir... je me pose à l'abri pour un double expresso,
servi dans le grand patio très fleuri et agréable, au
bout du magasin de la station.

Un gars vient me voir et me branche sur l'Africa.
Je réponds en anglais à ses questions. Je n'ai pas de mal, j'adore cette machine!
C'est la meilleure, puisque c'est la mienne...
Et puis c'est la plus belle, puisqu'elle est grise!
Et que ceux qui ne sont pas d'accord avec ça me lancent la première bière...
If possible, IPA, please...
Mais ce n'est pas le bon moment pour la boire... à cette heure,
avec cet ambiance venteuse, fraîche et très humide,
j'apprécie vraiment le café chaud et de relâcher la pression! (là, pour le coup, je ne parle pas d'IPA...)
Je repars, après avoir fait le plein d'eau, et je me retrouve
rapidement dans des coins très laids...
Zones d'activités, zones agricoles, grandes lignes droites et giratoires, ça s'enchaîne non stop... Beurk!
Et forcément, les véhicules de l'activité humaine
qui va avec ce style d'endroit... le tout est glauque!
15H45: je fais quelques courses dans un petit supermarché.
Il est temps ensuite de commencer à chercher un endroit pour
planter la tente, et ce n'est pas dans ces plaines que je vais trouver
mon bonheur!
Je mets un point GPS sur une piste au milieu d'un massif.
La piste et les panoramas sont superbes, mais il y a plusieurs
inconvénients: il y a pas mal de vent, soufflant entre 60 et
80km/h, pas d'endroit plat abrité, les nuages poussés par le
vent sont très foncés, il n'y a pas du tout de
réseau téléphonique dans le coin... ça fait
beaucoup!


Je passe par la crête, ce qui aurait pu constituer un
sacré détour si j'y avais mis une majuscule, et de
là, les panoramas sont justes magnifiques... les nuages défilent vite,
j'attends que le soleil apparaisse pour faire quelques photos.
Je fais fuir deux mouflons sur mon passage... c'est ce que j'appelle
mouflon en tout cas: des quadrupèdes massifs avec de longues et
larges cornes incurvées vers l'arrière. Peu importe leur nom, ils
étaient beaux!
Je descends du massif et arrive dans une vallée
étroite. Je m'arrête à chaque village que je
traverse: toujours pas de réseau!
Alors je continue d'avancer, de m'enfoncer dans ce
massif pour m'éloigner des plaines côtières... il
est bientôt
17h, il faut que je trouve vite un bel endroit, histoire surtout de
m'installer avant la nuit. Ces nuages font que la luminosité est
déjà faible lorsqu'ils passent devant le soleil...
Au loin, je vois des antennes à proximité d'un col; je
m'y rends dare-dare!
Et j'y ai du réseau! Le contraire
aurait été surprenant... en contrebas de ces antennes,
des restanques bien broussailleuses. J'y serai abrité du vent,
mais il faudrait que j'y amène toutes mes affaires à
pied et fasse un peu de jardinage... bof.
Mais de là, je vois qu'il y a sur la colline
de l'autre côté de la route d'autres restanques, qui ont
l'air plus accessibles... faut que j'aille vérifier ça!
Et effectivement, il est clair que l'endroit est top!

C'est plat, ça n'est plus entretenu donc plus exploité depuis un petit moment, je suis abrité du vent par la restanque et les
arbres, il y a de la terre et de l'herbe au sol, du réseau dans l'air...
Donc pour moi, cet endroit est top!
Le temps de faire ces deux photos et le vent se lève aussi sec!
Aussi sec, ce n'est bien sûr qu'une expression, puisqu'il
commence aussi à pleuvoir assez fort... et le vent s'intensifie
encore... heureusement que j'en suis un peu protégé!
Je n'ai enlevé que mon casque et mes gants... je déballe la tente,
et je sprinte pour la monter, en étant vigilant pour qu'elle ne
parte pas dans le vent, et pouvoir vite y mettre mes affaires, avant
qu'éventuellement il ne pleuve plus fort...
Retenant la tente emportée par le vent d'une main, je rattrappe
au vol le petit sac contenant les armatures et sardines, que je viens
de faire glisser au sol pour pouvoir planter les 4 sardines de base et
plus sereinement terminer le montage...

17h38, la tente est soigneusement et solidement fixée au sol, j'y jette mes affaires.
Je n'ai à subir
qu'une averse, finalement pas bien méchante, qui crée
pour se faire pardonner sa blague douteuse un petit arc-en-ciel tout
mignon...
Bien que celui-ci fut un peu timide, c'est toujours sympa d'en voir un!
Merci beaucoup, Dame Nature!
La nuit va vite arriver, j'ai 45mn devant moi.
Je fais quelques photos, les couleurs sont belles, et je pars à
la recherche dans les deux restanques inférieures du sac des
armatures que je n'ai pas retrouvé... il n'est pas avec le sac
de tente, ni dans ma veste, ni dans la tente... dans le speed, je ne sais plus du tout ce
que j'en ai fait après l'avoir choppé au vol... pas envie
de bouger mes affaires et virer des sardines pour vérifier que je ne
l'ai pas mis sous la tente pour le coincer... et s'il est perdu, je ferais sans!

Je suis vraiment content de m'être installé ici
plutôt que dans le massif: ça doit maintenant souffler
entre 80 et 100 km/h! J'ai beau être abrité, je me fais
parfois un peu secouer par des rafales plus fortes, mais rien de
grave...
Le
bilan de la journée est à ce moment-là
mitigé: j'ai vu des endroits très sympa et d'autres
très glauques.
Avec du soleil, de la pluie et du vent...
Une bière ail pillé, des cahouettes, et tout va bien!
(au moment où j'écris, je ne me souviens que des bons moments!)
Il me Tarde Demain: Ce Sera un Autre Jour!

Itinéraire Jour 2: 318 km, 8h38