Jour 5: L'Apocalypse Approche...

Mais d'où peut bien venir ce titre, alors qu'il n'y a plus du
tout de vent à mon réveil vers 6h30, et que ça
fait énormément de bien?!
Vous le saurez plus tard...
En attendant, le ciel étoilé au-dessus de la mer, dans la
nuit noire d'une nuit sans Lune, est tout simplement splendide!
Forcément, il est impossible d'immortaliser cela avec un téléphone...
Je me fais un premier café dans ma chambre, le bois sur ma petite terrasse bienvenue.
L'électricité est revenue, je me rase, me douche, descend
pour prendre un expresso, mais l'accès au bar est toujours
fermé, il n'y a encore personne... ce n'est pas grave, et je
remonte me préparer un autre café.
Les couleurs que donnent à l'endroit le soleil levant sont
magnifiques, j'en profite et cela fait du bien.
Je ne suis pas en méga forme, j'ai certainement pris un petit
coup de froid avant d'arriver ici, ce qui expliquerait la grosse après-midi de
sieste d'hier...
Je peux enfin récupérer mon passeport et commencer à rouler, vers 9h
Ma bécane s'est pris pas mal d'embruns pendant tout le temps
où elle était stationnée... elle est collante,
recouverte de sel et de poussière. Je file vers Rodalquilar, j'y
ai vu un départ de piste dans le coin, avec en projet de
rejoindre Nijar et la Sierra Alhamilla, que je sais être
grandiose.
C'est par l'accès à une ancienne mine que je débute ma journée sur les pistes.
C'est très beau, très roulant, et je me régale dans la belle lumière de ce beau matin...
Je rejoins Huebro, un petit pueblo tout mignon perché sur les
hauteurs de Nijar, car je sais que depuis la route qui y mène je
pourrai prendre une piste qui parcourt toute la Sierra
Alhamilla. S'y trouve une belle troupe de motards Tchèques, qui
dressent une table au soleil, certainement pour se faire le petit
déjeuner.
Ce ne sont donc pas des tchèques sans provisions!
Je ne m'y attarde pas.
Le vent s'est un peu levé, le ciel s'est voilé, mais je
suis enfin sur les pistes de la sierra. Cela fait du bien de se
retrouver là, observant depuis ces coins préservés
le spectacle glauque de toutes ces serres serrées les unes
contre les autres, sur des kilomètres carrés... comme
à cet endroit: 40 km de long sur 13 de large... beurk!

Arrivé sur la crête, je vois de loin la Sierra Nevada, où j'envisage de rouler demain...
En attendant de pouvoir le faire, j'ai bien l'intention de me faire
plaisir à vagabonder dans le désert de Tabernas,
là où tant de westerns
spaghetti ont été tournés... le vent
s'intensifie, je sais qu'il va me falloir trouver un coin
bien abrité pour planter la tente ce soir.
Je me fais une pause casse-croûte là, un peu après
midi, en espérant trouver un accès facile à cette
partie du désert pour l'arpenter ensuite... j'aimerais beaucoup
aussi y bivouaquer!
Mais une fois que je suis descendu de la sierra et m'en suis rapproché, ben... impossible d'y entrer!
Tous les accès sont fermés, soit directement depuis la
route, soit après quelques dizaines ou centaines de
mètres seulement, comme sur cette piste, où j'ai dû
rebrousser chemin...

Alors je fais le plein dans une station toute proche, et file vers Tabernas faire quelques courses et
tenter de trouver des accès au désert. Je suis quasiment
sûr d'avoir vu des images de Clint Eastwood cavaler à fond
dans ce défilé!

Je ne m'en souviens plus aujourd'hui, mais c'est certainement à
cause de la météo que j'ai abandonné l'idée
de rouler dans le désert, car l'idée de m'y retrouver
planté dans la boue après bivouac ne me tente pas un
brin... finalement je pars vers l'ouest, en direction de la Sierra
Nevada. Vers 15h30, je me fais une pause dans
un petit bar de village pour réfléchir un peu à
là où je pourrais bien pouvoir dormir ce soir...
Et puis ensuite, ben... je n'arrive pas à trouver de coin sympa!
Je serais trop proche de maisons, ou bien sur un chemin qui y mène, c'est très pentu,
il y a beaucoup de vent et ce n'est que de la broussaille, il n'y a
aucune forêt pour m'abriter... je galère, donc, et le temps passe...
Le jour décline, et je m'engage sur une piste
prometteuse et j'espère qu'elle le sera effectivement, car je
n'ai aucune envie de m'arrêter dans un coin à l'arrache
parce qu'il fait nuit!
C'est très joli, et même si je ne trouve rien en roulant, je vois que sur le versant d'en face ce sera top...
mais au bout de quelques kilomètres, j'arrive à un cul de
sac au-dessus de gorges qui m'empêchent d'atteindre cet autre
versant... chemin faisant, je n'ai vu qu'un endroit plat propice
à planter la tente. J'y retourne donc, et coupe le moteur
à 17h, j'ai encore 1h30 de jour devant moi... ouf!

Ce n'est pas la panacée comme endroit, mais le sol est fait de
terre et d'herbe, ce qui est idéal pour y enfoncer les sardines,
et j'y suis un peu abrité du vent. La bergerie juste à
côté a
des traces d'activité humaine, mais ne doit pas être
utilisée en cette saison, je serai a priori peinard ce soir... 17h20, la moto est calée sur sa béquille
contre le vent, la tente est montée, mes affaires
déchargées, ma bière récompense prête
à être dégustée au bord de l'aplomb d'une
vingtaine de mètres près duquel je suis...

Il y a même cinq mignonnes biches qui viennent brouter près de moi... j'adore!
Au bout de 15 minutes à les observer, je me lève et m'approche, elles détalent dans la pente.
Le vent est bien présent et frais, mais je suis zen... je me
couvre, mange, me cale dans mon duvet, regarde un épisode de ma
série avant de m'endormir profondément, je suis bien claqué...
C'est à ce moment-là du récit que normalement je
fais un petit bilan de la journée qui se conclue par:
"Demain est un Autre Jour!"
Ce ne sera pas pour cette fois... puisque l'Apocalypse arrive!
Je suis réveillé en sursaut par un fracas d'enfer vers 23h...
Mais alors vraiment, et tout d'un coup, un boucan assourdissant!
Celui du vent qui souffle très très fort, de la toile de ma tente qui est très violemment secouée...
Argh! C'est quoi ce mauvais délire?!!
C'est une trois places, elle est plutôt haute, et pourtant elle se
retrouve parfois déformée au point que le toit de la
toile intérieure se retrouve collé au sol, ou sur moi!
C'est le fleep intégral, avec grosse montée d'adrénaline à la clé!
Je sors du duvet, maintient des pieds et des mains les armatures
malmenées de la tente, c'est vraiment très violent! Je
peste, crie, ce qui n'y change rien, mais il faut bien que
j'évacue un peu de mon stress!
J'évalue la situation tout en ayant les membres en croix pour contrer les effets du vent sur ma tente...
Le vent peut durer, il ne va pas se fatiguer, alors que moi, il y a de
fortes chances que je ne tienne pas très longtemps dans ces
conditions... IL FAUT QUE JE ME SORTE DE CE CAUCHEMAR!
Le vent a tourné d'un coup de 180 degrés, et il me pousse vers le vide...
Bien sûr, ma tente ne se déplace pas, mais je n'ai qu'une
crainte: que ce
soit suffisamment violent pour justement m'emporter sans que je ne
puisse me retenir à quoi que ce soit, prisonnier que je suis
dans la tente
fermée qui fait résistance au vent, et qu'elle soit
emportée comme un vulgaire ballon, avec moi à
l'intérieur.
Bon... déjà, remettre ma tenue moto,
mon Camelbak, et sécuriser ainsi ma CB, mes clés, mes
papiers, mes lunettes... je ne vois pas comment je pourrai sortir mes
affaires sans que tout ne parte dans ces violentes rafales,
mais l'important dans l'instant présent est que moi je me sorte de ce piège qu'est devenu
la tente, le reste étant vraiment très secondaire!
Alors que je n'ai pas encore terminé de
m'habiller, une armature de la tente casse dans un craquement sec.
Instantanément, je me retrouve avec la toile en appui sur mon dos,
sentant ainsi toute la force de la pression que le vent exerce sur elle. C'est à
ce moment-là que j'en ressens vraiment toute la puissance. Je me sens tout petit et fragile, je ne
suis à peine plus qu'un vulgaire fétu de paille face à ce déchaînement!
Tout en luttant contre le vent, je récupère la frontale
suspendue, commence à regrouper en vrac toutes mes affaires dans mes sacs, je range le duvet, dégonfle le matelas...
Je parviens à ouvrir la tente, passe ma
tête pour en sortir... la première chose que je vois est ma bécane au sol, je ne l'ai même pas
entendue tomber! Et heureusement que j'en étais suffisamment éloigné pour qu'elle ne me tombe pas dessus!
Mais ce n'est pas grave: elle ne tombera pas plus bas!
Je suis enfin à l'extérieur de la tente, et c'est une
vraie délivrance, car j'ai vraiment cru possible d'y passer!
Cela aurait été un fait divers débile, certes, mais je ne connais pas d'accident intelligent...
L'armature cassée traverse la glissière de la toile et pointe vers le ciel...
Je remets toutes les sardines qui ont sauté pour
sécuriser un minimum la tente, puis je commence à
rapatrier mes affaires entre les murs de la bergerie. Cela se fait sans
encombre, et, posé sur la toile, je peux démonter la
tente vide sans qu'elle ne s'envole, et la ramène ensuite entre
les murs protecteurs. Je relève la moto et la rapproche de la
bergerie pour qu'elle soit elle aussi un peu protégée du
vent. Je fais en sorte qu'elle soit bien inclinée, pour qu'elle
soit bien en appui sur sa béquille. Heureusement que cette
bergerie est là!
Elle est cependant construite dans la pente, et je n'ai qu'une bande de 50cm pour y dormir à plat.
Je dispose la tente en me disant que je vais m'en servir de tapis de
sol et m'y coucher pour dormir à la belle étoile dans mon
duvet. Sauf que de gros nuages bas et noirs défilent à
toute vitesse juste au-dessus de moi, et je me dis qu'avec la chance
que j'ai, je peux éventuellement enchaîner avec un gros
épisode pluvieux. La perspective d'avoir mon duvet trempé
m'enchante peu pour la suite de mon périple. Je sais que j'ai
des tubes de réparation pour les armatures: il suffit d'en
enfiler un à l'endroit de la cassure et de l'y maintenir avec du
gaffer. Ce que je fais, puis remonte la tente.
J'ai hésité sur le meilleur endroit
pour m'installer; j'ai choisi celui où rien ne pouvait me tomber
sur la tête. Je suis protégé du vent entre 4
murs, il s'y engouffre avec force malgré tout, mais cela
reste supportable. Le sol est très meuble, c'est une sorte de
merde séchée en poudre sous l'herbe, et les sardines n'y
tiennent pas...

Peu importe, car à 00h40, toutes mes affaires sont dans la
tente, mon matelas regonflé, et je suis prêt à m'y
installer. C'était tellement fou que je ne pensais pas dormir de
toute la nuit, et n'en avais que foutre: l'essentiel a
été de survivre! Et vraiment rien à péter
de perdre des affaires dans le vent: si j'avais à le regretter,
ce serait bien que j'étais vivant pour pouvoir le faire!
Donc là, tout va bien: je n'ai rien
perdu, je pense avoir bien réagi et j'ai retrouvé mon
calme.
Je me couche donc pour dormir, mais il est impossible de le faire: la
toile n'est pas tendue et bat dans les rafales de vent qui
l'atteignent, cela fait énormément de bruit et bouge
beaucoup trop... alors je ressors une dernière fois pour me
débrouiller à pouvoir mettre des sardines partout. Je
mets mes bouchons d'oreille et... dodo!
Et je peux enfin le dire:
Demain est un Autre Jour!
Itinéraire Jour 5: 185 km, 8h20