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La Fête des Maures...
J'avais
quelques jours devant moi, une grosse envie de virée automnale,
la météo dans le nord de l'Espagne était belle, et
j'attendais donc avec impatience de pouvoir partir... sauf que je
voulais faire la vidange avant de m'envoler à l'aventure, et
comme je n'ai pas arrêté de bosser, impossible de la faire.
Impossible,
car là où je mécanique, je n'ai ni alimentation
électrique, ni lumière; j'ai donc la contrainte de faire
les choses à la lumière du jour.
Je bosse
sur Avignon, ville d'eau qui coule sous les ponts croulant dans l'eau,
et ne devrais pas finir trop tard, surtout si je prends la route sans
manger...
Je
me dépêche donc de rentrer d'Avignon pour pouvoir
faire la vidange et changer le filtre à huile à la
lumière du jour, parce qu'à la frontale, bof...
J'ai le box pour bricoler, ma femme n'étant pas rentrée.
J'ai
de la bonne huile, le filtre, je laisse chauffer un peu le moteur
pendant que je desserre les boulons du sabot moteur en alu pour pouvoir
accéder à la vis de vidange.
Cela
n'a rien à voir, mais il paraît que quand les sabots
étaient en bois, ils étaient maintenus par les
chevilles. C'est pour ça qu'il fallait bien tenir la moto entre ses jambes pour ne pas perdre le sabot...
Je ne suis pas sûr de cette info; je me vois mal faire de la moto en sabots de bois, n'importe quoi!...
Mon
bac de vidange de 6 litres de capacité n'est empli que de la
dernière vidange du XR, grosso-merdo 1,9 litre.
Bon... je vidange, change le filtre à huile; je termine de le serrer lorsque le téléphone sonne.
C'est pour le taf, je reste 10 bonnes minutes en ligne.
Appel
terminé, je sais que pars tôt demain pour
Saint-Véran... la tête dans le Queyras que j'aime
beaucoup, je sors mon entonnoir noir et verse l'huile claire.
2,4 litre.
Alors que j'en suis aux 20 derniers centilitres, me vient cette question:
- "Avez-tu remis la vis de vidange avant d'être perturbé par le tél?"
Oups! Je ne m'en souviens pas...
J'arrête de verser et regarde sous la moto...
Ben non...
Alors...
Cela nous fait donc, environ : 1,9 + 2,4 + 2,4= 6,7 litres.
Mon
bac de vidange est plus que plein, puisque ça a
débordé de partout sur le plateau de bois que j'ai
glissé sous l'Africa pour vidanger proprement...
J'ai remis la vis, refait le niveau d'huile et nettoyé mes saloperies.
J'avais trouvé la batterie un
peu faible lors du démarrage du matin, je voulait donc lui
mettre un coup de charge pendant la
nuit, mais comme au final le lendemain je bosse au lieu de partir vers
les Pyrénées, je me suis senti moyennement d'installer la
batterie rechargée à 6h00 du mat'.
Con,
ou manche comme je suis, c'est un coup à faire tomber l'embout
du tournevis dans un coin inaccessible, et je ne peux vraiment pas me
permettre de me mettre en retard (je prends toujours de la marge au
kazou).
Le lendemain, je file donc dans le Queyras, et c'est bÔ!!
Mais au final, j'ai deux jours de moins pour me balader,
les prévisions météorologiques sont moins bonnes
qu'elles n'étaient. La perspective de faire plus de 800 bornes
sous la pluie en une seule journée pour mon retour ne m'enchante
pas un brin... J'ai envie de me balader, pas de faire une course contre
le temps et les éléments... J'abandonne donc
l'idée de partir loin plusieurs jours en étant
équipé pour bivouaquer, et décide, à la satisfaction (dissimulée tant bien que mal) de ma femme, de me contenter
d'une petite balade locale après avoir chargé la batterie.
Je décolle à 9h, équipé
pour le froid, car il fait beau et frais, le versant nord de la
Sainte-Baume étant l'endroit le plus froid de la région,
et je compte rejoindre Mazaugues par le col de l'Espigoulier, un petit
régal à moto aux portes de Marseille. J'ai longuement
hésité devant une carte le matin entre les Maures et le
Ventoux, mais si prés du premier novembre, j'ai
préféré fêter les Maures...
La petite route sauvage pleine d'ornières qui
menait à l'Espigoulier a fait place depuis longtemps à un
beau ruban de bitume, plus large, mais je préférais
avant!
Car sans faire vingt bornes depuis le centre de Marseille, on avait
l'impression d'être au fin fond de la cambrouse, là
où la DDE ne passe plus depuis longtemps, alors qu'une des zones
les plus urbanisée de France est juste à
côté.
Arrivé au col, il y a donc le panorama sur
Marseille et ses alentours, les collines de Pagnol, tout ça,
tout ça... C'est beau et j'aime y être seul, ça me
zénifie de voir de loin la ville, sans percevoir son
grouillement continu que j'ai fui... mais je viens à peine de
partir, et aujourd'hui, au lieu de me faire une petite pause, je ralentis simplement, juste pour vérifier que le panorama soit bien toujours là...
La pause panorama, je me la fais plus loin, là où par
temps clair on voit les cîmes enneigées des montagnes de
l'Oural où le loup hurle.
Bon, ok, c'est mon côté marseillais d'adoption qui a pris
le dessus; ce ne sont que celles des Alpes, où le loup
râle, mais cela n'en reste pas moins très joli...
Je me régale sur toutes ces petites routes
qui serpentent à travers les collines, casque ouvert et
nez au vent, j'hume les senteurs des bois, de la terre et des feuilles
humides, ça me change des odeurs citadines... mais ici aussi, il
y a toujours des téméraires pour traverser la route juste
devant moi.
Visuellement,
c'est très joli aussi, tout mignon tout plein, et les couleurs
de l'automne sont bien présentes. Je m'engage entre deux rangs
de vigne pour me faire une autre petite pause photo juste avant
d'entrer dans le massif des Maures et de rejoindre
Notre-Dame-des-Anges, tout en haut de cette colline.
Les routes sont étroites, le soleil brille et
ses rayons percent la voûte formée par les branches
au-dessus de moi... tout ce qu'il faut pour flâner nez au
vent en enroulant tranquille...
Dieu que c'est bon!
Je me suis fait un pote là-haut, Pierre.
Mais, mes envolées lyriques pour lui expliquer comment
j'atteignais le bonheur motocycliste ont laissé Pierre
de marbre, alors que je le croyais debout.
La vue depuis l'endroit est magnifique; je
m'y pose pour ingurgiter comme prévu quelques denrées
achetées dans une boulangerie de Rocbaron. Il fait très
bon, très beau, une légère brise bruisse dans le
feuillage, les oiseaux chantent et les insectes vrombissent, alors,
épris de liberté et sans retenue, je pête pour
participer moi aussi à ce concert de sensations idylliques...
Qu'est ce que ça fait du bien!
ça fait du bien d'être là, pas uniquement d'être déballonné!
Donc, sur la photo de droite, vue sur la mer, avec à gauche
l'île de Porquerolles, au centre la presqu'île de Giens,
tout à droite Toulon.
Je ne
m'attarde pas trop, reprends la route, puis avec bonheur quelques
pistes en faisant une boucle pour commencer à prendre le chemin
du retour...
Je rejoins le Plan d'Aups,
veut me faire la pause au col de l'Espigoulier avant de me jeter dans
la jungle urbaine, mais lorsque j'y arrive, il y a des caisses, des
bécanes, des cyclistes de partout, alors je continue un chouia
plus loin pour m'isoler un peu et profiter du panorama tel que je
l'aime...
J'en suis
encore à savourer les derniers moments de cette belle
journée lorsque je remonte sur la moto.
Contact, point mort, pouce sur le démarreur... et au
lieu que le twin ne s'ébroue, ça cliquette, comme si la
batterie était nase. D'ailleurs, l'heure sur le tripmaster
clignote, le kilométrage partiel est à zero. Je me
souviens avoir (très) bien serré les cosses sur la
batterie, je ne prends pas le temps de vérifier: si la batterie
ne se recharge pas en roulant, je me vois mal rentrer de nuit dans
Marseille sans phare...
Demi-tour dans la pente, démarrage en prise et retour alla casa
mia pile-poil au coucher du soleil, en me disant que j'ai bien fait de ne pas partir en Espagne...
Arrivé, je coupe le moteur et donne un coup de démarreur: nickel.
Je vérifie le vissage des cosses de batterie: nickel.
Plus tard, je prends le pouls du régulateur électrique grâce à mon testeur.
Le diagnostique tombe, terrible... il est mort!
J'en trouve un d'occase et depuis, tout va bien!
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