Jour 8:
La Fuite!
J'ai passé une bonne
nuit.
L'ambiance est cependant fraîche et humide ce matin,
histoire de changer un peu...
En me baladant avec un café au-dessus de mon
emplacement, histoire de tenter de choper un peu
de réseau, je constate que le hameau abritait
autrefois une mine, mais surtout que le vent a ici aussi
bien soufflé... je comprends mieux
pourquoi le gars d'hier espérait que je reste bien
protégé du vent pendant la nuit!

Aux environs de 8h30,
je démarre et pars.
Je voulais remercier d'avoir été autorisé à dormir
là, mais ne vois pas un signe de vie. Tant pis, le
coeur y était!
La route de montagne sur laquelle je roule est
très sympa, le
vent y est cependant très fort!
Quelle ne fut ma surprise d'arriver si vite à un col
et de reconnaître l'endroit!
Le col de
Velefique, par lequel j'étais passé en improvisant
9 ans plus tôt...
Il y avait eu tout autant de vent. Par rapport à aujourd'hui, il devait aussi faire 15°C de
moins, il y avait de la neige gelée de
partout, et j'étais en recherche d'un lieu de
bivouac pour le soir...
Je suis tout content d'y
être... c'est marrant comme l'improvisation me
fait repasser par les mêmes endroits!
Et puis je sais, pour m'y être régalé en la montant
il y a 9 ans, que la route qui redescend sur Tabernas est très
coole à faire en moto!

Photos
2026

Photos
2017

On aperçoit un peu la
route et ses virages sur ces deux dernières
photos...
Il ne fait pas très beau et un peu frais, mais ce
bitume, ces courbes, avec en toile de fond ces panoramas sur le
désert de Tabernas et la sierra Alhamilla sont
magnifiques, pour les pneus comme pour les yeux.
Je me suis donc régalé encore une fois!
J'arrive à Tabernas peu avant 10h, je me pose à la
terrasse d'un bar, au bord de l'artère principale
et commerçante traversant cette petite ville...

J'ai même droit à un
rayon de soleil fort bienvenu!
Et c'est donc à l'ombre du grand Clint Easwood que
je me prends un expresso.
Je suis tout en joie; je sais que je peux me
ravitailler ici, et puis tant qu'à y être, et si
j'en ai le temps avant que la pluie annoncée
n'arrive, je me referais volontiers les pistes de
la sierra juste derrière... c'est de plus parfait,
car il faut que je file vers l'est puisque je dois
faire aujourd'hui encore la course contre la
pluie...
Je profite de la pause pour
décrasser mes mains, me passer un coup d'eau sur
le visage, prendre un deuxième caoua, puis je fais
quelques courses. Notamment du tabac, et je sais
que c'est mal... je ne voulais pas le mentionner,
mais un petit peu d'auto-flagellation, ça peut
faire du bien!
Je range tant bien que mal mes quelques courses dans les sacoches.
C'est fou comme tu peux avoir l'impression de ne
rien prendre, et d'avoir cependant beaucoup de mal
à caser chaque petit volume supplémentaire dans
tes bagages...
Je profite de la pente pour béquiller facilement
l'Africamion sur sa béquille centrale et ainsi
graisser la chaîne. Et puis je regarde la météo
pour évaluer le temps que j'ai pour entrer et
sortir de la sierra...

Ah merde! La con de sa
race!
Excusez-moi... je voulais dire:
Fichtre... diantre! Saperlipopette!
En fait, je n'aurais jamais dû m'arrêter ici aussi
longtemps. Car je suis désormais sous de gros
nuages gris foncé de pluie. Je sais, on parle
habituellement de nuages noirs de pluie, mais cela
ne correspondrait pas à la réalité du moment: cela
tire en effet plus sur le gris anthracite très
foncé / noir charbon que sur le noir tout court...
il s'était calmé, ou bien j'en étais protégé dans
le centre ville, mais le vent souffle de nouveau
assez fort... ça sent le gros temps pourri qui
arrive en force... et rapidement!
Tout cela n'est pas très
engageant!
Exit l'idée d'aller dans la sierra, il faut que je
m'enfuie vers le nord-est le plus vite possible!
Ce que je fais hélico-pesto! (l'expression
vient
de cet ingénieux distributeur de sauce italienne,
utilisant une vis sans fin hélicoïdale rendant
la distribution de sauce ultra rapide, afin que
la dégustation du plat se fasse pâtes chaudes...
hélico-pesto, donc...)
Je traverse la ville, et mène
bon train sur les grandes lignes droites de la
route que j'emprunte.
Le vent est encore
une fois très
fort, et surtout latéral... il me bouscule copieusement!
Au loin, la route disparaît dans un épais
brouillard beige orangé... les collines que je
découvre à ma droite sont couvertes de champs,
eux-même couverts d'énormes machines agricoles. Je
comprends alors que ce sont les nuages de
poussière qu'elles soulèvent qui ont créé ce
brouillard. Je le traverse en plissant les yeux,
la poussière les picote, je le respire et ça
crisse sous mes dents...
Le vent est de plus en plus
fort... c'est quand que ça se calme?!
Je décide de quitter cette route pour me diriger
vers la côte en m'enfonçant dans les belles
collines que je vois, en espérant que le vent y
soit un peu cassé, et aussi prendre un peu de
plaisir à rouler, puisque je suis là pour ça...

C'est très sympa,
certes, mais je me fais rattraper par la pluie...
je suis au soleil, mais je me fais fouetter
par le vent, qui porte jusqu'à moi
quelques grosses gouttes de pluie...
Hop! Un arc-en-ciel de plus pour ma collec'!
Je change donc encore une fois de plan et préfère
reprendre l'autoroute pour sortir le plus vite
possible de cette zone de tempête plutôt que de
perdre trop de temps à le faire par la côte, et
risquer finalement de m'y retrouver au beau
milieu. Au moment où je reprends l'autoroute, la
sierra Alhamilla disparaît d'ailleurs au loin
presque entièrement dans les nuages, et vu leur gueule, elle est certainement en ce moment sous
des trombes d'eau... j'ai vraiment bien fait de ne
pas y aller!

Je
poursuis ma fuite et fais
le plein à une station d'autoroute.
Je me mangerais bien un plat chaud dans le resto
routier accolé à la station... je jette un oeil à
mon appli météo: c'est clair que je ne peux
prendre ce temps, pas si je veux rouler au sec en
tout cas! Alors je bouffe de la merde; des
sandwichs club achetés à la station, tout en
regardant sur mon GPS vers où je pourrais bien me
diriger. Un gars en voiture s'arrête à côté de moi
pendant que je mâche, on discute; il me dit être
motard lui aussi, il me conseille de vite rejoindre
la côte, car j'y aurais certainement moins de vent
qu'ici...
C'était bien mon intention, il conforte donc mon
choix... mais vraiment énormément, cette météo
merdeuse me brouille l'écoute. Ce qui est une
belle contrepèterie!
Je continue donc à fuir par
l'autoroute...
Putain de vent de merde!
La con de sa race, sa mère la pute!
Je m'excuse de nouveau pour la violence de mes
propos, mais c'est le vent qui a commencé: c'est
lui qui est hyper violent! Quand je me le prends
de côté, j'ai l'impression qu'un lutin un peu
facétieux, ou surtout complètement débile, n'a pas
trouvé meilleur jeu que de tirer et secouer
violemment ma roue avant dans tous les sens pour
tenter d'attenter à ma sérénité. Il y parvient
parfaitement, c'est très chaud! Lutin de
sa race!
Je prends comme repère le milieu de l'autoroute
déserte, et oscille sur ses deux voies... seul
moyen que j'ai trouvé pour rester un minimum
éloigné des glissières de sécurité... dépasser ou
être dépassé dans ces conditions demande une
concentration absolue pour n'utiliser qu'une seule
file...
Habitué au boucan du vent
contre mon casque, je suis surpris à un moment
d'entendre uniquement le bruit des gouttes de
pluie qui s'écrasent sur lui et sa visière... car à part ça, c'est le
silence total... je comprends alors que pour la
première fois de ma vie de motard, je roule
exactement à la vitesse du vent et pile-poil dans
sa direction... je regarde la vitesse affichée sur
mon GPS: 118km/h!
Cela ne dure peut-être qu'une ou deux minutes,
mais cela me paraît très très long, tant c'était
surprenant et bon de rouler en moto dans un tel
silence... le
vent, lui, dure, et il est bien normal de par
son intensité que je sois un peu secoué lorsque je
l'ai de côté!
Je dépasse Aguilas et, en espérant que les nuages ne
l'arrosent pas pendant ma pause, me pose en bord de mer à la playa del
Arroz... En cadrant bien, je peux faire croire que
j'y suis seul au monde... ce qui n'est pas le cas!


Sur ce vaste espace,
des dizaines de camping-cars.
Plus ou moins gros, plus ou moins roots, suivant
les moyens dont disposent ces nomades modernes,
mais ambiance trés cool... les camping-cars et la caravane passent, et
les chiens n'aboient pas, même quand j'y passe en
moto!
Je ne sais pas si c'est parce que l'endroit est
abrité du vent, ou si j'en suis parti trop tôt, ou
trop tard, mais juste après cette pause bienvenue,
je me retrouve en pleine tempête!
C'est vraiment dangereux et ultra stressant!
Je sais, j'insiste
beaucoup là-dessus... ça l'est encore plus alors
que je traverse une zone de grandes parcelles
agricoles, sur des routes étroites, sans rien pour
faire obstacle au vent, qui souffle perpendiculairement à ma
direction, et que j'y croise des 38 tonnes chargés de
récoltes qui prennent presque toute la largeur de
la route...
Il me semble reconnaître l'endroit juste
après... je passe effectivement à proximité d'une
plage sur laquelle j'avais bivouaqué il y a 9 ans,
et certainement un des meilleurs spots de cette
virée-là... mais aujourd'hui, il est impossible
d'envisager y planter la tente: c'est l'enfer!

Photo
2017
Je ne m'y arrête donc pas... pas même
pour en prendre une photo depuis le col qui m'en
éloigne.
C'est une route bien défoncée, similaire à une
route de montagne, et je m'y fais bien
bousculer...
Sur la descente, deux trails immatriculés en
Allemagne me doublent alors qu'il commence à
pleuvoir assez fort, ils ont l'air pressés de
rentrer... j'hésite à leur emboîter le pas, me
disant qu'ils ont certainement loué une maison
dans le coin, et qu'une fois qu'ils y seront
arrivés, je pourrais éventuellement leur demander
de m'héberger... je ne vois vraiment pas où et
comment je pourrais bivouaquer ce soir, et toutes les
solutions pour pouvoir dormir sont donc envisageables!
Et puis ce serait sympa de discuter un peu avec du
monde...
Mais ils vont trop vite
pour le rythme que je me sens d'avoir...
De retour sur une plaine côtière, la route est
bordée sur la gauche par un haut talus d'environ 2,78m, ce qui
reste une approximation assez précise. Avant de le dépasser, je m'y arrête vite pour m'abriter
du vent, et vois les
allemands disparaître... je peux alors consulter
Gogol maps et mon GPS sans que le vent ne me mette
à terre. Cela souffle si fort que je n'y prends
plus que des éclaboussures de la pluie qui tombe
sur le haut du talus. Il y a un camping à
Mazarron, j'entre la destination dans mon GPS et
repars, dans la pluie et ce vent violent... il va
falloir se concentrer un petit moment, le temps de
l'atteindre!
J'y arrive vers 15h, le ciel
est gris mais il ne pleut plus, et il n'y a
quasiment plus de vent sur la côte... ouf!
On m'indique à l'accueil qu'il existe une toute
petite surface destinée aux tentes, car ce camping
est majoritairement occupé par des camping-cars
et des bungalows. On m'en propose un, je tique sur
le tarif... on me propose alors que j'aille voir la
fameuse zone pour tentes avant de prendre une décision...
ce que je fais.
Cette zone pour tentes est en bord de
camping et de plage...
Au moment où j'y suis, il n'y a que peu de vent,
20 ou 30km/h, mais une fois retourné à l'accueil,
j'opte tout de même pour un bungalow. Le temps de
remplir les formalités et de décharger mes
bagages, et le vent s'est levé; il souffle entre 60
et 80 km/h! Je suis bien satisfait de mon choix!

Il n'y a qu'à voir la gueule des arbres pour comprendre que le vent s'est bien levé...
J'ai deux lits
simples, la clim réversible, un réseau WIFI perso,
un frigo pour mes victuailles, de quoi charger mon
téléphone... le grand luxe! Aussi curieux que cela
puisse paraître, je fais l'impasse sur le bain
dans la piscine et file plutôt me prendre
une bonne douche chaude dans les sanitaires communs
réservés aux bungalows... il y fait moins de 10°
mais n'en ai cure et me récure.
Je m'installe sur ma terrasse, avec pistaches et
bière du soir. Au bout d'un moment, je me retrouve être
congelé dans le vent... je me lève pour aller enfiler un
pantalon thermique sous mon jean lorsque mon voisin de bungalow
débarque... un suédois, que je vais appeler Chris Prolls
car je n'ai jamais su quel était son prénom, qui a fait
plus de 9000 bornes pour descendre de l'extrême nord de son pays sur son
petit trail Honda, et qui est ici depuis cinq mois. Nous discutons plus
d'une heure. Je suis congelé dans le vent, alors que Chris est
en short et T-shirt! Certes, un T-shirt à manches longues, mais
qu'il a relevées jusqu'au coude! Lorsqu'il rentre dans son
bungalow climatisé, je pars faire quelques photos avant que la
nuit ne tombe.


Les promeneurs sont
rares et courageux!
Il faut avoir envie de se balader dans ces
conditions...
J'avais réglé la clim à 24°, et après m'être
réchauffé, je file manger quelques tapas chauds au resto du
camping.
Je devrais passer une bonne nuit: un éléphant
veille à l'entrée...
Demain est un Autre Jour!
Itinéraire
Jour 8: 322 km, 8h43