Balades de FleePee





Retour Index


Accueil




M'écrire
Chez les Ibères en Hiver...
La Revanche du Retour!

26 Janvier au 6 février 2026

Jour 8: La Fuite!

    J'ai passé une bonne nuit.
L'ambiance est cependant fraîche et humide ce matin, histoire de changer un peu...
En me baladant avec un café au-dessus de mon emplacement, histoire de tenter de choper un peu de réseau, je constate que le hameau abritait autrefois une mine, mais surtout que le vent a
ici aussi bien soufflé... je comprends mieux pourquoi le gars d'hier espérait que je reste bien protégé du vent pendant la nuit!

    Aux environs de 8h30, je démarre et pars.
Je voulais remercier d'avoir été autorisé à dormir là, mais ne vois pas un signe de vie. Tant pis, le coeur y était!
La route de montagne sur laquelle je roule est très sympa
, le vent y est cependant très fort!
Quelle ne fut ma surprise d'arriver si vite à un col et de reconnaître l'endroit!
Le
col de Velefique, par lequel j'étais passé en improvisant 9 ans plus tôt...
Il y avait eu tout autant de vent. Par rapport à
aujourd'hui, il devait aussi faire 15°C de moins, il y avait de la neige gelée de partout, et j'étais en recherche d'un lieu de bivouac pour le soir...
Je suis tout content d'y être... c'est marrant comme l'improvisation me fait repasser par les mêmes endroits!
Et puis je sais, pour m'y être régalé en la montant il y a 9 ans, que la route qui redescend sur Tabernas est très coole à faire en moto!

          
Photos 2026

    
Photos 2017

     

    On aperçoit un peu la route et ses virages sur ces deux dernières photos...
Il ne fait pas très beau et un peu frais, mais ce bitume, ces courbes, avec en toile de fond
ces panoramas sur le désert de Tabernas et la sierra Alhamilla sont magnifiques, pour les pneus comme pour les yeux.
Je me suis donc régalé encore une fois!
J'arrive à Tabernas peu avant 10h, je me pose à la terrasse d'un bar, au bord de l'artère principale et commerçante traversant cette petite ville...

    J'ai même droit à un rayon de soleil fort bienvenu!
Et c'est donc à l'ombre du grand Clint Easwood que je me prends un expresso.
Je suis tout en joie; je sais que je peux me ravitailler ici, et puis tant qu'à y être, et si j'en ai le temps avant que la pluie annoncée n'arrive, je me referais volontiers les pistes de la sierra juste derrière... c'est de plus parfait, car il faut que je file vers l'est puisque je dois faire aujourd'hui encore la course contre la pluie...
    Je profite de la pause pour décrasser mes mains, me passer un coup d'eau sur le visage, prendre un deuxième caoua, puis je fais quelques courses. Notamment du tabac, et je sais que c'est mal... je ne voulais pas le mentionner, mais un petit peu d'auto-flagellation, ça peut faire du bien!
    Je range
tant bien que mal mes quelques courses dans les sacoches. C'est fou comme tu peux avoir l'impression de ne rien prendre, et d'avoir cependant beaucoup de mal à caser chaque petit volume supplémentaire dans tes bagages...
    Je profite de la pente pour béquiller facilement l'Africamion sur sa béquille centrale et ainsi graisser la chaîne. Et puis je regarde la météo pour évaluer le temps que j'ai pour entrer et sortir de la sierra...

    Ah merde! La con de sa race!
Excusez-moi... je voulais dire:
Fichtre... diantre! Saperlipopette!
En fait, je n'aurais jamais dû m'arrêter ici aussi longtemps. Car je suis désormais sous de gros nuages gris foncé de pluie. Je sais, on parle habituellement de nuages noirs de pluie, mais cela ne correspondrait pas à la réalité du moment: cela tire en effet plus sur le gris anthracite très foncé / noir charbon que sur le noir tout court... il s'était calmé, ou bien j'en étais protégé dans le centre ville, mais le vent souffle de nouveau assez fort... ça sent le gros temps pourri qui arrive en force... et rapidement!
    Tout cela n'est pas très engageant!
Exit l'idée d'aller dans la sierra, il faut que je m'enfuie vers le nord-est le plus vite possible!
Ce que je fais hélico-pesto! (l'expression vient de cet ingénieux distributeur de sauce italienne, utilisant une vis sans fin hélicoïdale rendant la distribution de sauce ultra rapide, afin que la dégustation du plat se fasse pâtes chaudes... hélico-pesto, donc...)
    Je traverse la ville, et mène bon train sur les grandes lignes droites de la route que j'emprunte.
Le vent est
encore une fois très fort, et surtout latéral... il me bouscule copieusement!
Au loin, la route disparaît dans un épais brouillard beige orangé... les collines que je découvre à ma droite sont couvertes de champs, eux-même couverts d'énormes machines agricoles. Je comprends alors que ce sont les nuages de poussière qu'elles soulèvent qui ont créé ce brouillard. Je le traverse en plissant les yeux, la poussière les picote, je le respire et ça crisse sous mes dents...
    Le vent est de plus en plus fort... c'est quand que ça se calme?!
Je décide de quitter cette route pour me diriger vers la côte en m'enfonçant dans les belles collines que je vois, en espérant que le vent y soit un peu cassé, et aussi prendre un peu de plaisir à rouler, puisque je suis là pour ça...

     

    C'est très sympa, certes, mais je me fais rattraper par la pluie... je suis au soleil, mais je me fais fouetter par le vent, qui porte jusqu'à moi quelques grosses gouttes de pluie...
Hop! Un arc-en-ciel de plus pour ma collec'!
Je change donc encore une fois de plan et préfère reprendre l'autoroute pour sortir le plus vite possible de cette zone de tempête plutôt que de perdre trop de temps à le faire par la côte, et risquer finalement de m'y retrouver au beau milieu. Au moment où je reprends l'autoroute, la sierra Alhamilla disparaît d'ailleurs au loin presque entièrement dans les nuages
, et vu leur gueule, elle est certainement en ce moment sous des trombes d'eau... j'ai vraiment bien fait de ne pas y aller!

    Je poursuis ma fuite et fais le plein à une station d'autoroute.
Je me mangerais bien un plat chaud dans le resto routier accolé à la station... je jette un oeil à mon appli météo: c'est clair que je ne peux prendre ce temps, pas si je veux rouler au sec en tout cas! Alors je bouffe de la merde; des sandwichs club achetés à la station, tout en regardant sur mon GPS vers où je pourrais bien me diriger. Un gars en voiture s'arrête à côté de moi pendant que je mâche, on discute; il me dit être motard lui aussi, il me conseille de vite rejoindre la côte, car j'y aurais certainement moins de vent qu'ici...
C'était bien mon intention, il conforte donc mon choix... mais vraiment énormément, cette météo merdeuse me brouille l'écoute. Ce qui est une belle contrepèterie!

    Je continue donc à fuir par l'autoroute...
Putain de vent de merde!
La con de sa race, sa mère la pute!
    Je m'excuse de nouveau pour la violence de mes propos, mais c'est le vent qui a commencé: c'est lui qui est hyper violent! Quand je me le prends de côté, j'ai l'impression qu'un lutin un peu facétieux, ou surtout complètement débile, n'a pas trouvé meilleur jeu que de tirer et secouer violemment ma roue avant dans tous les sens pour tenter d'attenter à ma sérénité. Il y parvient parfaitement, c'est très chaud! Lutin de sa race!
    Je prends comme repère le milieu de l'autoroute déserte, et oscille sur ses deux voies... seul moyen que j'ai trouvé pour rester un minimum éloigné des glissières de sécurité... dépasser ou être dépassé dans ces conditions demande une concentration absolue pour n'utiliser qu'une seule file...
    Habitué au boucan du vent contre mon casque, je suis surpris à un moment d'entendre uniquement le bruit des gouttes de pluie qui s'écrasent sur lui et sa visière... car à part ça, c'est le silence total... je comprends alors que pour la première fois de ma vie de motard, je roule exactement à la vitesse du vent et pile-poil dans sa direction... je regarde la vitesse affichée sur mon GPS: 118km/h!
Cela ne dure
peut-être qu'une ou deux minutes, mais cela me paraît très très long, tant c'était surprenant et bon de rouler en moto dans un tel silence... le vent, lui, dure, et il est bien normal de par son intensité que je sois un peu secoué lorsque je l'ai de côté!

    Je dépasse Aguilas et, en espérant que les nuages ne l'arrosent pas pendant ma pause, me pose en bord de mer à la playa del Arroz... En cadrant bien, je peux faire croire que j'y suis seul au monde... ce qui n'est pas le cas!

          

     

    Sur ce vaste espace, des dizaines de camping-cars.
Plus ou moins gros, plus ou moins roots, suivant les moyens dont disposent ces nomades modernes, mais ambiance trés cool... les camping-cars et la caravane passent, et les chiens n'aboient pas, même quand j'y passe en moto!
    Je ne sais pas si c'est parce que l'endroit est abrité du vent, ou si j'en suis parti trop tôt, ou trop tard, mais juste après cette pause bienvenue, je me retrouve en pleine tempête!
C'est vraiment dangereux et ultra stressant!
Je sais, j'insiste beaucoup là-dessus... ça l'est encore plus alors que je traverse une zone de grandes parcelles agricoles, sur des routes étroites, sans rien pour faire obstacle au vent, qui souffle perpendiculairement à ma direction, et que j'y croise des 38 tonnes chargés de récoltes qui prennent presque toute la largeur de la route...
  Il me semble reconnaître l'endroit juste après... je passe effectivement à proximité d'une plage sur laquelle j'avais bivouaqué il y a 9 ans, et certainement un des meilleurs spots de cette virée-là... mais aujourd'hui, il est impossible d'envisager y planter la tente: c'est l'enfer!


Photo 2017

    Je ne m'y arrête donc pas... pas même pour en prendre une photo depuis le col qui m'en éloigne.
C'est une route bien défoncée, similaire à une route de montagne, et je m'y fais bien bousculer...
Sur la descente, deux trails immatriculés en Allemagne me doublent alors qu'il commence à pleuvoir assez fort, ils ont l'air pressés de rentrer... j'hésite à leur emboîter le pas, me disant qu'ils ont certainement loué une maison dans le coin, et qu'une fois qu'ils y seront arrivés, je pourrais éventuellement leur demander de m'héberger... je ne vois vraiment pas où et comment je pourrais bivouaquer ce soir, et toutes les solutions pour pouvoir dormir sont donc envisageables! Et puis ce serait sympa de discuter un peu avec du monde...
    Mais ils vont trop vite pour le rythme que je me sens d'avoir...
De retour sur une plaine côtière, la route est bordée sur la gauche par un haut talus d'environ 2,78m, ce qui reste une approximation assez précise.
Avant de le dépasser, je m'y arrête vite pour m'abriter du vent, et vois les allemands disparaître... je peux alors consulter Gogol maps et mon GPS sans que le vent ne me mette à terre. Cela souffle si fort que je n'y prends plus que des éclaboussures de la pluie qui tombe sur le haut du talus. Il y a un camping à Mazarron, j'entre la destination dans mon GPS et repars, dans la pluie et ce vent violent... il va falloir se concentrer un petit moment, le temps de l'atteindre!
    J'y arrive vers 15h, le ciel est gris mais il ne pleut plus, et il n'y a quasiment plus de vent sur la côte... ouf!
On m'indique à l'accueil qu'il existe une toute petite surface destinée aux tentes, car ce camping est majoritairement occupé par des camping-cars et des bungalows. On m'en propose un, je tique sur le tarif... on me propose alors que j'aille voir la fameuse zone pour tentes avant de prendre une décision... ce que je fais.
    Cette zone pour tentes est en bord de camping et de plage...
Au moment où j'y suis, il n'y a que peu de vent, 20 ou 30km/h, mais une fois retourné à l'accueil, j'opte tout de même pour un bungalow. Le temps de remplir les formalités et de décharger mes bagages, et le vent s'est levé; il souffle entre 60 et 80 km/h! Je suis bien satisfait de mon choix!

    

    Il n'y a qu'à voir la gueule des arbres pour comprendre que le vent s'est bien levé...
J'ai deux lits simples, la clim réversible, un réseau WIFI perso, un frigo pour mes victuailles, de quoi charger mon téléphone... le grand luxe! Aussi curieux que cela puisse paraître, je fais l'impasse sur le bain dans la piscine et file plutôt me prendre une
bonne douche chaude dans les sanitaires communs réservés aux bungalows... il y fait moins de 10° mais n'en ai cure et me récure.
    Je m'installe sur ma terrasse, avec pistaches et bière du soir. Au bout d'un moment, je me retrouve être congelé dans le vent... je me lève pour aller enfiler un pantalon thermique sous mon jean lorsque mon voisin de bungalow débarque... un suédois, que je vais appeler Chris Prolls car je n'ai jamais su quel était son prénom, qui a fait plus de 9000 bornes pour descendre de l'extrême nord de son pays sur son petit trail Honda, et qui est ici depuis cinq mois. Nous discutons plus d'une heure. Je suis congelé dans le vent, alors que Chris est en short et T-shirt! Certes, un T-shirt à manches longues, mais qu'il a relevées jusqu'au coude! Lorsqu'il rentre dans son bungalow climatisé, je pars faire quelques photos avant que la nuit ne tombe.

          

    Les promeneurs sont rares et courageux!
Il faut avoir envie de se balader dans ces conditions...
J'avais réglé la clim à 24°, et après m'être réchauffé, je file manger quelques tapas chauds au resto du camping.
Je devrais passer une bonne nuit: un éléphant veille à l'entrée...



Demain est un Autre Jour!


Itinéraire Jour 8: 322 km, 8h43


      
Haut de page