Jour
10: Faut Toujours Pas Mollir!
Il pleut toujours
lorsque je me réveille...
Je me prépare donc les cafés du matin
dans la tente.
Peu avant 8h, la pluie cesse enfin...
L'ambiance reste tout de même fraîche et
très humide!
Je prends un peu mon temps et profite de
l'acalmie.
Je me douche, ça réveille, et je plie le camp...
aux environs de 9h30, un dernier café s'impose: je
ne devrais plus avoir de pluie! Je suis tout calme et enjoué, rien à foutre des
nuages, je fais avec leur présence. Tant qu'il ne
pleut pas, tout va bien!
Car il est vrai que je me sente avoir beaucoup
d'affinités avec les félins, puisque: "Quand
on le jette à l'eau, minet râle!". Ce qui
coule de source...

Je pars vers le
nord...
Vers 11h40, alors que je monte à travers un massif
sur une belle petite route, je repère une piste et
je m'y engage.
J'ai juste envie de m'y faire une pause, en
profitant d'un petit rayon de soleil fort
bienvenu.
Le vent souffle assez fort, entre 60 et 80km/h... pour le moment ça dégage un peu le ciel, mais cela
amène aussi d'autres pluies. Il y aurait eu moyen
que j'explore un peu le coin, mais encore une
fois, la météo me pousse à poursuivre, à ne pas
trop perdre de temps ici.

Je repars donc.
Il fait toujours aussi frais, mais je m'en moque.
J'enchaîne les routes et les changements de
paysage... j'adore!
J'ai pris un peu d'avance sur les pluies qui arrivent de l'ouest en
filant au nord, alors je me suis dit que c'était trop facile: je
prends alors des routes sans bout droit, sur lesquelles, puisqu'elle
est capable de se débrouiller toute seule, la moto n'a que
très rarement passé la quatrième vitesse... de
quoi user un peu les côtés du pneu!


Peu avant 14h, j'arrive dans des coins grandioses
et magnifiques.
Il est temps de me faire une pause casse-croûte.
Je trouve un endroit idéal, bien aménagé...
suffisamment en tout cas pour ce que j'ai à y
faire: simplement grignoter un bout. Un banc, une poubelle,
et c'est le top du confort!
Je me dis que ce doit être un bon spot de détente
pour les gens du coin... j'en ai la confirmation juste
avant d'en repartir: je trouve sous le banc un joli
briquet rasta... ça doit bien se détendre en fumant de la ganja par
ici!
Je poursuis ma
remontée vers le nord et dépasse Valencia.
Je roule, je roule, je roule... oui, aujourd'hui
encore, je n'ai pas arrêté de rouler. Et je parviens
à ne me prendre que quelques gouttes pendant tout
ce temps!
Je commence à rechercher un coin de bivouac. Je repère des endroits avec du potentiel sur mon
GPS, y entre les destinations, mais il n'y a rien de satisfaisant
pendant longtemps sur mon parcours, je
suis toujours obligé de pousser toujours plus loin cette
recherche. Je trouve un coin très sympa, mais
de la pluie y est prévue durant toute la nuit ainsi que la
matinée de demain... il faut que j'aille voir plus loin encore...
Jusqu'à
ce que j'arrive à Coves de Vinromà...
Je repère une petite route qui mène ensuite à des
pistes dans la colline à proximité.
J'y arrive à 18h, le soleil ne va pas tarder à
disparaître complètement... cela devient vraiment urgent de
trouver un endroit; dans trente minutes, il fera
nuit...

Je m'engage sur une
belle piste.
Je repère rapidement un coin, mais je poursuis sur
cette piste, au cas où je trouverais mieux plus
loin.
Mais il n'y a aucun coin plat et dégagé de buissons, de
broussailles ou de pierrasse, sur les quelques kilomètres que je
fais. Au pire, je peux m'installer en bord de cette large piste si je
ne trouve rien d'autre.
Mais ça ne m'enchante pas vraiment... avant qu'il ne fasse trop
nuit, je décide donc de retourner vers le spot que j'avais
repéré... cela me prend quelques minutes, j'en suis
surpris, car je ne me suis pas rendu compte de la distance que j'avais
déjà parourue...

Ce n'est pas la
panacée, mais ça dépanne assez...
Je coupe le moteur à 18h23.
Je devrais être plutôt à l'abri des regards et bien
protégé du vent, qui souffle relativement fort, par la
pinède autour et une haie assez haute qui borde la piste et
cette friche; je n'en suis qu'à 10m. Il ne faut cependant pas
que le vent tourne! Vu qu'une branche est déjà soutenue,
j'espère aussi que ce vieil arbre est résistant!
Je commence à monter le camp, et j'entends un
véhicule arriver; je vois passer un tracteur à
30m de moi...
Damned... j'espère que son conducteur ne m'a pas
vu!
Deux minutes après, c'est une voiture qui passe...
et deux autres encore en cinq minutes. J'espère
sincèrement que personne ne va passer par la piste
près de laquelle je suis...
Bien que je me dise que ce ne sont que des
agriculteurs à la bourre, qui terminent leur
journée de labeur et de labour, je me rends compte
que je suis complètement fleepé: j'ai les tripes
nouées, le souffle court... je suis aux aguets, regardant partout
autour de moi et tendant l'oreille... je n'ose donc plus faire aucun bruit;
d'une part pour pouvoir entendre si quelqu'un arrive, d'autre part
pour ne pas que l'on m'entende...
Je manipule les velcros des sacoches avec le plus grand soin, pour
qu'ils se fassent discrets... pareil pour les fermetures éclair,
que par comble j'ouvre très très lentement. Elles
deviennent donc des fermetures escargots... ce qui va bien avec le
temps maussade.
Une fois la tente montée et mes affaires
posées à l'intérieur, je reste prostré
pendant plus d'une heure trente à son entrée. Le cul par
terre, toujours en tenue moto, je prends le temps de publier un long
message sur Facebook. Je n'ai pas gonflé mon matelas, ni sorti
le sac de couchage, tout est prêt à être
rechargé. Il fait nuit noire sous les nuages, mais je n'ose pas
utiliser ma lampe frontale. Je masque le bout incandescent de ma clope
lorsque je fume. Je fais attention à la lumière de
l'écran de mon téléphone. Même la canette
métallique de bière, je l'ai ouverte avec beaucoup de
délicatesse pour que personne ne puisse m'entendre...
Je sens bien que c'est l'épisode dans l'oliveraie
qui me perturbe, mais je n'arrive pas à être zen
pour autant.
Je n'ai aucune envie de me faire déloger à nouveau, et
j'en suis à un tel stade de paranoïa que je me dis que, sur
ce périple, il ne me reste plus qu'à me faire emmerder en
pleine nuit par une horde de sangliers pour avoir vécu la
totale... ou qu'une branche du vieil arbre tombe sur ma tente.
Le temps passe, je n'entends
plus que quelques aboiements lointains.
Je parviens enfin à m'appropier l'instant et
l'endroit; j'entre dans ma tente, me change,
m'installe, mange.
Je marque mon territoire pour en barrer l'accès.
J'ai dépassé aujourd'hui les 3100 bornes au compteur.
De la pluie est prévue pour la nuit, mais pas
trop... Par contre, il devrait pleuvoir fort dès
8h demain matin...
Je commence malgré tout à en avoir ma claque du
temps pourri, et puis aussi, je fatigue un peu. Demain, ce sera
ma dernière étape, ou l'avant-dernière, suivant
mon état et la météo... je suis entre Valencia et
Tarragone, donc finalement plus très loin de chez moi !
Je verrai bien... pour le moment, réussir à me
détendre, pouvoir m'endormir et me reposer, ce
sont mes priorités...
Demain est un Autre Jour!
Itinéraire
Jour 10: 383 km, 9h